Votre dose de rayonnement sur une carrière : comment elle s’accumule et pourquoi en garder la trace
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Dans cet article
Aucun vol, pris isolément, ne pose de problème de rayonnement, et aucune année de vol non plus. Ce qui compte, c’est le cumul. Quelques millisieverts par an, répétés sur une carrière de 25 ou 35 ans, finissent par former un total qu’il vaut la peine de connaître, et dans la plupart des pays personne d’autre ne le tient pour vous. Cet article montre comment la dose s’accumule, ce que donne une carrière, ce qu’exige la réglementation et ce que doit contenir un relevé personnel utile.
Comment une année s’additionne
C’est surtout ce que vous volez qui décide. Dans sa brochure sur l’exposition des équipages, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) indique que les doses les plus élevées vont aux équipages long-courriers sur les routes polaires et « can be up to 6 mSv in a year » (peuvent atteindre 6 mSv par an), tandis que les équipages court-courriers et ceux des autres vols long-courriers reçoivent deux à trois fois moins. À l’échelle mondiale, le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) chiffre la moyenne des équipages à 2,7 mSv par an pour 2010 à 2014, avec une fourchette d’incertitude de 1,5 à 4,6 mSv (UNSCEAR 2020/2021, annexe D).
Trois choses font varier votre propre chiffre d’une année à l’autre.
Les routes et la latitude. L’AC 120-61B de la FAA situe le débit de dose au-dessus des régions polaires à environ deux fois celui de l’équateur géomagnétique, à altitude égale. Des vœux qui vous font passer de l’Amérique du Sud au Pacifique Nord peuvent presque doubler la dose d’une année, à heures bloc égales.
L’altitude et les heures. Plus le niveau de croisière est haut, moins il y a d’air au-dessus, et la dose s’accumule heure après heure en croisière. Deux navigants qui ont les mêmes heures peuvent finir l’année très loin l’un de l’autre.
Le Soleil. Le rayonnement cosmique galactique est le plus fort près du minimum solaire, quand le champ magnétique du Soleil fait le moins pour le tenir à distance. Selon le modèle de LogAloft, un New York–Londres donnait environ 41 µSv au minimum de 2009 et environ 24 µSv en janvier 2026, près du maximum actuel. Quelle dose de rayonnement reçoit-on en vol ? montre l’écart sur 14 lignes. Une carrière couvre deux ou trois cycles solaires : la même ligne peut donc donner des doses sensiblement différentes à dix ans d’écart.
Ce que donne une carrière
La multiplication est simple. Le plus difficile, c’est de lire le résultat.
| Année type | 30 ans | Risque de cancer mortel ajouté sur la vie, selon l’estimation de la CIPR |
|---|---|---|
| 1 mSv (surtout du court-courrier à des niveaux plus bas) | 30 mSv | environ 1 sur 670 |
| 3 mSv (proche de la moyenne mondiale) | 90 mSv | environ 1 sur 220 |
| 6 mSv (long-courrier polaire, le chiffre haut de l’AIEA) | 180 mSv | environ 1 sur 110 |
La colonne du risque utilise le coefficient de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR). Dans la Publication 103, la CIPR conclut que, « assuming a linear response at low doses, the combined detriment due to excess cancer and heritable effects remains unchanged at around 5% per Sv » (en supposant une réponse linéaire aux faibles doses, le détriment combiné dû à l’excès de cancers et aux effets héréditaires reste d’environ 5 % par sievert). À ce taux, 180 mSv correspondent à environ 0,9 %, soit à peu près 1 sur 110.
Trois mises en garde vont avec ces chiffres.
- Ce sont des estimations, pas des mesures. Personne n’a mesuré directement un dommage aux doses que reçoivent les équipages. Le coefficient vient de groupes qui ont reçu des doses bien plus fortes, ramenées à l’échelle en supposant que le risque est proportionnel à la dose.
- Elles servent à planifier la protection. Le même document de la CIPR cite comme usages principaux de la dose efficace « prospective dose assessment for planning and optimisation » (l’évaluation prospective des doses pour la planification et l’optimisation) et le respect des limites, et précise qu’elle ne doit pas servir à des « detailed specific retrospective investigations of individual exposure and risk » (études rétrospectives détaillées de l’exposition et du risque d’une personne). Le tableau décrit une population de navigants ayant ce parcours. Ce n’est pas une prévision pour vous.
- Le rayonnement cosmique est un rayonnement particulier. En altitude, une grande partie de la dose vient des neutrons et de particules de haute énergie, répartis de façon assez uniforme dans le corps. La dose efficace est conçue pour que des doses de natures différentes s’additionnent dans la même unité, mais le risque par unité est ici plus incertain que pour les rayons X médicaux.
Les études menées sur les équipages eux-mêmes donnent un tableau contrasté. Une étude groupée portant sur 93 771 navigants de 10 pays (Hammer et ses collègues, 2014) a trouvé une mortalité globale « strongly reduced » (fortement réduite) chez les hommes PNT et les femmes PNC par rapport à la population générale, avec des décès par mélanome plus fréquents chez les pilotes. Les pilotes et la nouvelle étude sur le cancer examine l’étude américaine de 2026 qui classait les équipages en tête pour les décès par cancers liés aux rayonnements, et ce qu’elle peut et ne peut pas montrer.
Ce qu’exige la réglementation
Dans l’Union européenne, la directive 2013/59/Euratom du Conseil fixe deux seuils pour les compagnies, à son article 35, paragraphe 3.
| Si la dose des équipages risque d’être | L’exploitant doit |
|---|---|
| Supérieure à 1 mSv par an | Évaluer l’exposition des équipages ; en tenir compte dans les plannings « with a view to reducing the doses of highly exposed crew » (en vue de réduire les doses des navigants les plus exposés) ; informer les navigants des risques pour la santé et de leur dose individuelle ; appliquer la règle sur la grossesse |
| Supérieure à 6 mSv par an | Appliquer toutes les exigences de la directive pour les travailleurs exposés, adaptées aux équipages |
Pour les travailleurs soumis à une surveillance individuelle, l’article 43 impose de conserver le relevé de dose pendant toute la vie professionnelle, puis « until they have or would have attained the age of 75 years, but in any case not less than 30 years after termination of the work involving exposure » (jusqu’à ce qu’ils aient ou auraient atteint l’âge de 75 ans, et en tout cas pendant au moins 30 ans après la fin du travail exposé). Les États membres gèrent des systèmes nationaux de données pour ces relevés.
Aux États-Unis, il n’existe rien d’équivalent. L’AC 120-61B recommande les limites professionnelles de la CIPR (20 mSv par an en moyenne sur cinq ans, pas plus de 50 mSv sur une seule année) et encourage les programmes des compagnies qui informent les équipages, mais aucune réglementation n’oblige une compagnie à calculer, enregistrer ou plafonner la dose d’un navigant. Beaucoup d’équipages hors d’Europe sont dans la même situation.
Pourquoi tenir votre propre relevé
Même là où la compagnie en tient un, un relevé personnel vaut la peine.
Les carrières bougent. On change de compagnie et de base, on se retrouve au chômage technique ou dans une compagnie issue d’une fusion. Les chiffres de dose conservés par un employeur peuvent rester chez lui quand vous partez, et aux États-Unis ils n’ont peut-être jamais existé.
Les questions de santé viennent plus tard. Dans vingt ans, un médecin qui cherche un diagnostic peut vous interroger sur vos expositions professionnelles. « Environ 3 mSv par an pendant 28 ans, surtout sur l’Atlantique Nord » est une réponse utile ; « j’ai beaucoup volé » ne l’est pas. Il en va de même si une future étude, une demande d’indemnisation ou un programme de dépistage vous demande votre historique.
Les estimations sont bonnes, mais ce sont des estimations. Les chiffres des compagnies viennent de codes de calcul, pas de dosimètres individuels, et des codes ou des pondérations différents donnent des réponses un peu différentes. Votre propre relevé vous permet de comparer ce qui est comparable et de repérer un chiffre qui paraît anormal.
La grossesse et les vœux demandent des chiffres récents. Une navigante qui déclare une grossesse, ou un navigant qui veut réduire sa dose, a besoin de chiffres mois par mois, pas d’une lettre annuelle. Grossesse et vols présente les limites qui s’appliquent alors.
Ce que contient un relevé utile
Un relevé remplit son rôle quand quelqu’un d’autre peut le comprendre des années plus tard, sans vous pour l’expliquer. L’essentiel :
- Chaque vol, avec sa date, son origine et sa destination, le temps bloc ou le temps de vol, et le niveau de croisière si vous l’avez.
- La dose de chaque vol, avec la méthode qui l’a produite (par exemple un calcul fondé sur CARI-7), pour qu’un lecteur ultérieur sache ce que signifient les chiffres.
- Des totaux par mois et par an, et un total cumulé sur la carrière.
- Des notes sur les événements inhabituels, comme un vol pendant une tempête de rayonnement solaire, quand la dose peut dépasser ce que montre n’importe quelle estimation courante. Les tempêtes solaires et votre vol explique pourquoi.
- Des copies de tout document officiel, comme les lettres ou les relevés de dose de votre compagnie, rangées avec le reste.
Gardez-le à plus d’un endroit. Un tableur sur un seul ordinateur portable reste un relevé jusqu’au jour où l’ordinateur lâche.
Comment LogAloft le tient
LogAloft calcule la dose de rayonnement cosmique de chaque vol de votre carnet avec un modèle fondé sur CARI-7A de la FAA, et vous pouvez importer d’anciens carnets de vol pour compléter les années passées. Rapports → Rayonnement présente le relevé par mois et par an, et sa partie Carrière donne votre total à ce jour, une année à votre rythme actuel et une projection jusqu’à l’année où vous pensez arrêter de voler. Le relevé de rayonnement s’imprime ou s’enregistre en PDF, pour un médecin ou pour vos dossiers. Comment LogAloft calcule votre dose explique la méthode et sa précision.
Pour la façon dont est calculé le chiffre de chaque vol de ce relevé, voyez Comment LogAloft calcule votre dose de rayonnement.
Sources
- Cosmic radiation exposure of aircrew and space crew, IAEA
- Evaluation of occupational exposure to ionizing radiation (UNSCEAR 2020/2021 Report, Annex D), UNSCEAR, 2022
- AC 120-61B, In-Flight Radiation Exposure, FAA, 21 novembre 2014
- ICRP Publication 103, The 2007 Recommendations of the International Commission on Radiological Protection (free extract), ICRP
- Council Directive 2013/59/Euratom, Articles 35 and 43, EUR-Lex, 5 décembre 2013
- Mortality from cancer and other causes in commercial airline crews: a joint analysis of cohorts from 10 countries (Hammer et al.), Occupational and Environmental Medicine, 2014
Ceci est une information, pas un avis médical. Pour toute question sur votre santé ou une grossesse, parlez-en à votre médecin ou à votre médecin examinateur aéronautique.
La dose de n’importe quel vol. Cherchez un vol par son numéro ou par ses deux aéroports : LogAloft affiche sa dose sur une carte, comparée à une radio du thorax.
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