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Rayonnement

Les tempêtes solaires et votre vol : ce qui change vraiment à 35 000 pieds

Mis à jour le 11 min de lecturePour les pilotes et les passagers

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Dans cet article
  1. Deux sortes de rayonnement en croisière
  2. Trois échelles NOAA, trois problèmes différents
  3. Un niveau S n’est pas un débit de dose
  4. Les GLE, les grands événements rares
  5. Janvier 2026 : la plus forte tempête de rayonnement depuis plus de 20 ans
  6. Les avis de météorologie de l’espace de l’OACI
  7. Ce que font les compagnies en pratique
  8. Ce que LogAloft en fait

L’essentiel de la dose reçue en croisière vient des rayons cosmiques galactiques, et cette part est au plus bas près du maximum solaire, pas au plus haut. Les tempêtes solaires n’ajoutent de la dose qu’occasionnellement, surtout à haute latitude et à haute altitude, et seuls les rares événements très énergétiques font grimper les débits de dose bien au-dessus du fond habituel.

Deux sortes de rayonnement en croisière

Les rayons cosmiques galactiques (GCR, selon le sigle anglais) viennent de l’extérieur du système solaire. Le Space Weather Prediction Center (SWPC) de la NOAA décrit leur spectre comme ne variant que lentement dans le temps : un fond qui atteint l’atmosphère en permanence. Le champ magnétique terrestre en détourne beaucoup loin de l’équateur, mais protège peu au-delà d’environ 55 degrés de latitude magnétique. La FAA estime le débit de dose efficace de fond au FL370 aux très hautes latitudes à environ 8 µSv/h, qui tombe à peu près au quart près de l’équateur (FAA InFO 20007).

Le Soleil module les GCR selon un rythme de 11 ans. Près du maximum solaire, le vent solaire et son champ magnétique empêchent une plus grande part des rayons cosmiques de basse énergie d’atteindre la Terre. Près du minimum solaire, ils entrent plus facilement : les GCR culminent donc près du minimum solaire (NOAA SWPC). Ce cycle lent touche chaque vol, chaque mois. Le tableau en montre l’ampleur dans les calculs de LogAloft pour un vol orthodromique au FL350 avec montées par paliers et le même temps de vol, seules les conditions solaires changeant :

Ligne (calcul LogAloft) Octobre 2009 (minimum solaire) Janvier 2026 (proche du maximum solaire) Écart
JFK–LHR environ 41 µSv environ 24 µSv environ 40 % de moins
JFK–NRT environ 89 µSv environ 52 µSv environ 40 % de moins

Janvier 2026 a été un mois de forte activité solaire. L’activité varie aussi d’un mois à l’autre, et en juillet 2026 le même JFK–LHR était remonté à environ 30 µSv, le chiffre de notre tableau des lignes.

Le rayonnement cosmique solaire est la seconde source. La FAA décrit un événement à particules solaires comme une hausse temporaire, en général très faible par rapport au fond de GCR, mais qui peut, en de rares occasions, être bien plus forte. Il peut durer de quelques minutes à plus d’une journée, et il est maximal près des pôles magnétiques, avec une baisse rapide vers l’équateur géomagnétique (FAA AC 120-61B).

Trois échelles NOAA, trois problèmes différents

La NOAA classe la météorologie de l’espace sur trois échelles.

L’échelle S, pour les tempêtes de rayonnement solaire, repose sur les protons de 10 MeV et plus mesurés par les satellites GOES en orbite géostationnaire. S1 commence à 10 unités de flux de particules, et chaque échelon est dix fois plus élevé, jusqu’à S5 à 100 000. La NOAA s’attend à environ 50 tempêtes S1 par cycle de 11 ans, 3 de niveau S4 et moins d’une de niveau S5. À partir de S2, le texte d’impact de la NOAA indique que les passagers et les équipages d’avions volant haut aux hautes latitudes peuvent être exposés à un risque radiologique. La radio HF dans les régions polaires est touchée à tous les niveaux, d’effets mineurs en S1 à de possibles black-outs en S4 et S5.

L’échelle G, pour les tempêtes géomagnétiques, repose sur l’indice Kp. Ces tempêtes sont surtout causées par des éjections de masse coronale (CME) qui frappent le champ magnétique terrestre, et leurs effets sur l’aviation portent surtout sur les communications et la navigation. En G4, la NOAA mentionne une propagation HF sporadique et une navigation par satellite dégradée pendant des heures. En G5, la HF peut être impossible dans de nombreuses zones pendant un à deux jours, et la navigation par satellite peut être dégradée pendant des jours. La NOAA prévoit environ 100 tempêtes G4 et 4 tempêtes G5 par cycle.

L’échelle R, pour les black-outs radio, dépend des rayons X des éruptions. La NOAA cite des effets sur la radio HF et sur les signaux de navigation basse fréquence du côté éclairé de la Terre, pendant quelques minutes à quelques heures. Les black-outs radio n’apportent aucun rayonnement supplémentaire aux avions.

Une tempête géomagnétique peut tout de même compter pour le rayonnement. Dans un article de 2023, des chercheurs de la NOAA et de la FAA notent que, lorsque le champ est perturbé, la frontière entre lignes de champ ouvertes et fermées peut se déplacer de plusieurs degrés vers l’équateur et exposer des latitudes plus basses à des débits de dose plus élevés. Ils citent les routes entre les États-Unis continentaux et l’Europe, qui passent près de cette frontière, et écrivent que l’incertitude sur le débit de dose y va d’un facteur deux à un ordre de grandeur ou plus, selon le degré de perturbation du champ (Bain et al., Space Weather, 2023).

Un niveau S n’est pas un débit de dose

L’échelle S compte les protons de 10 MeV et plus dans l’espace. Ce qui fait monter la dose en croisière, c’est l’extrémité bien plus énergétique du spectre, les protons d’environ 500 MeV à plusieurs GeV. Le même article de la NOAA étudie des événements S1 et S2 de janvier 2005 : ils comptaient peu de protons au-dessus de 100 MeV, n’ont produit aucune hausse aux moniteurs à neutrons au sol et n’auraient pas nécessité d’avis radiation de l’OACI. Comme l’écrivent les auteurs, tous les événements à protons ne sont pas assez énergétiques pour modifier l’environnement radiatif aux niveaux de vol.

Les GLE, les grands événements rares

Un GLE (ground level enhancement, augmentation au niveau du sol) est un événement à particules solaires assez énergétique pour faire monter les taux de comptage des moniteurs à neutrons au sol. La base de données GLE de l’université d’Oulu en enregistre un quand au moins deux moniteurs situés à des endroits différents, dont un près du niveau de la mer, relèvent des hausses quasi simultanées et statistiquement significatives, accompagnées d’une hausse du flux de protons mesuré dans l’espace. Seuls 73 GLE ont été enregistrés de 1942 à 2023 (Poluianov et al., Solar Physics, 2025).

Le cycle solaire 25 en a produit cinq jusqu’ici, tous dans la base d’Oulu :

GLE Date Remarques
73 28 octobre 2021 Premier GLE du cycle 25 (Papaioannou et al., 2022)
74 11 mai 2024 Hausse maximale d’environ 10 % au moniteur de Dôme C, en Antarctique, pendant une tempête G5 (Papaioannou et al., 2025)
75 8 juin 2024 Passé inaperçu en temps réel, identifié plus tard dans les données des moniteurs à neutrons (Poluianov et al., 2025)
76 21 novembre 2024 Inscrit dans la base d’Oulu
77 11 novembre 2025 GLE le plus fort depuis 1989 en intensité intégrale, quatrième plus fort de l’ère des moniteurs à neutrons (Mishev et al., 2026)

Le GLE 77 est l’événement qui compte le plus pour l’aviation dans ce cycle. Les GLE 73 à 76 ont été faibles, le 74 étant le plus fort d’entre eux. Pour le GLE 77, une synthèse de données menée depuis Oulu a estimé un débit de dose efficace d’environ 75 µSv/h à 35 000 pieds en région polaire, au-dessus du seuil modéré de l’OACI et proche du seuil sévère (Mishev et al., 2026). Une autre étude, d’août 2026, indique qu’il a fait passer les débits de dose en aviation au-dessus de 30 µSv/h, environ quatre fois le débit habituel des GCR (Lei, Dyer et Ryden, JSWSC, 2026).

Pour donner l’échelle, la même étude indique que le GLE de février 1956, le plus fort jamais enregistré, a multiplié les débits de dose par mille, et elle estime la dose de l’événement sur un vol polaire à 40 000 pieds à environ 4,7 mSv. La modélisation du GLE 69, en janvier 2005, a montré que le seuil sévère de l’OACI était dépassé jusqu’au FL320 sur les bandes polaire et de moyennes latitudes au début de l’événement, avec des avis en vigueur pendant environ 6,5 heures (Bain et al., 2023).

Janvier 2026 : la plus forte tempête de rayonnement depuis plus de 20 ans

Le 19 janvier 2026, le SWPC a annoncé que les mesures de GOES-19 montraient une tempête de rayonnement solaire S4 (sévère), un niveau jamais observé depuis octobre 2003. Le SWPC a précisé que les effets se limitaient surtout aux routes aériennes polaires et aux communications HF polaires, et qu’il avait prévenu, entre autres, les compagnies aériennes et la FAA. Le titre de CNN citait des prévisionnistes qui parlaient de la plus forte tempête de rayonnement solaire « depuis plus de 20 ans » (CNN).

La CME à l’origine de l’épisode a quitté le Soleil le 18 janvier avec une éruption R3 (SWPC), et le niveau de tempête géomagnétique G4 (sévère) a été atteint à 1938 UTC le 19 janvier, après l’arrivée de la CME (SWPC).

Ce que les relevés ne montrent pas : début octobre 2026, la base d’Oulu ne recense aucun GLE en janvier 2026, et le GLE 77 reste le plus récent. Un niveau S sévère dans l’espace n’équivaut pas à une dose de niveau GLE en croisière. Nous n’avons trouvé aucune mesure publiée des débits de dose à bord pendant cette tempête : nous n’en donnons donc pas.

Les avis de météorologie de l’espace de l’OACI

Depuis le 7 novembre 2019, des centres mondiaux de météorologie de l’espace émettent des avis pour l’aviation en application de l’annexe 3 de l’OACI et des orientations du Doc 10100 de l’OACI (FAA InFO 20007). Il existe aujourd’hui quatre centres mondiaux, qui se relaient toutes les deux semaines : le SWPC (États-Unis), ACFJ (Australie, Canada, France, Japon), PECASUS (un consortium européen piloté par la Finlande) et le CRC (Chine et Russie, en service depuis décembre 2020). Le SANSA sud-africain est un centre régional (OACI APAC, 2025 ; PECASUS).

Les avis portent sur HF COM, GNSS et RADIATION, chacun au niveau MOD (modéré) ou SEV (sévère). Les principaux seuils :

Avis MOD SEV
RADIATION (débit de dose efficace) 30 µSv/h, émis du FL250 au FL460 80 µSv/h, émis à tout niveau au-dessus du FL250
HF COM, absorption aurorale Kp 8 Kp 9
HF COM, évanouissement des ondes courtes Éruption X1 Éruption X10
GNSS, scintillation d’amplitude (indice S4) 0,5 0,8

L’InFO de la FAA donne aussi des seuils pour l’absorption dans la calotte polaire et d’autres effets sur le GNSS. Il précise qu’un avis n’est pas un SIGMET et que ses bandes de latitude de 30 degrés, assez grossières, peuvent surestimer l’espace aérien touché.

Les avis radiation ont été rares. Le rapport de gestion de l’OACI sur le fonctionnement du service en 2024, daté de juin 2025, indique que six avis RAD ont été émis par erreur le 24 mars 2024 et que, hors essais, aucun avis RAD valide n’avait été émis depuis le début du service en 2019. Nous n’avons pas trouvé de décompte officiel des avis pour le GLE 77 ni pour janvier 2026.

Ce que font les compagnies en pratique

Pour les compagnies américaines, les vols polaires exigent une autorisation de la FAA, et les spécifications d’exploitation de l’exploitant doivent contenir un plan pour limiter l’exposition des équipages au rayonnement pendant l’activité éruptive du Soleil (14 CFR Part 121, Appendix P). La circulaire d’information de la FAA indique que voler plus bas peut réduire nettement l’exposition dans les zones de haute latitude, surtout si la réaction est rapide (AC 120-61B).

Se dérouter a un vrai coût. Un commentaire paru en 2025 dans npj Space Exploration rapporte que pendant les tempêtes d’octobre 2003, plusieurs vols New York–Hong Kong ont été déroutés, brûlant 26 600 livres de carburant de plus et renonçant à plus de 16 500 livres de charge marchande. Il cite comme options habituelles des niveaux plus bas, d’autres routes et des départs retardés (Xue, 2025). Laquelle s’applique un jour donné dépend des procédures de chaque compagnie et des consignes publiées, et c’est ce que les pilotes doivent suivre.

Ce que LogAloft en fait

La page d’accueil de LogAloft affiche la météorologie de l’espace du moment. La dose de chaque vol utilise les conditions solaires du mois, tirées des données mensuelles de la FAA ou, pour les mois récents, d’une estimation à partir des moniteurs à neutrons : l’effet du cycle solaire décrit plus haut est donc déjà intégré à vos chiffres. Avec Pro, la dose vient de la trajectoire réellement suivie par l’avion ; les comptes gratuits l’ont pour les vols entre aéroports des États-Unis, à partir des données de la FAA et dans les limites de l’offre. Sinon, la dose est une estimation le long de la route qu’une compagnie planifierait avec les vents du jour. Pour les doses de 14 lignes courantes, voyez Quelle dose de rayonnement reçoit-on en vol ?

Les tempêtes restent en dehors de la dose habituelle. Si vous activez Compter les tempêtes solaires et géomagnétiques dans les Réglages, un vol qui a rencontré une tempête de rayonnement solaire (d’après le modèle NAIRAS de la NASA) ou une tempête géomagnétique (Kp 5 ou plus) affiche la dose supplémentaire sur une ligne à part, distincte de l’estimation habituelle des GCR. Pour une tempête géomagnétique, LogAloft suit la méthode de CARI-7A et abaisse la coupure magnétique du même facteur fixe dès que le Kp atteint 5. Dans les calculs de LogAloft au FL350, le débit de dose augmente ainsi d’environ 46 % à 69 % près de l’équateur, selon l’activité solaire (environ 59 % en moyenne dans les conditions de juillet 2026), mais le débit y part de bas : le supplément est d’environ 1 µSv par heure. À 45° N, il va d’environ 1 % au-dessus de l’Amérique du Nord à environ 30 % au-dessus de l’Asie de l’Est (environ 22 % au-dessus de l’Europe). À partir de 55° N, il reste sous 10 %, et presque nul au-dessus de l’Amérique du Nord.

Sources

  1. Galactic Cosmic Rays, NOAA Space Weather Prediction Center
  2. NOAA Space Weather Scales, NOAA Space Weather Prediction Center
  3. S4 (Severe) Solar Radiation Storm in Progress, NOAA Space Weather Prediction Center, 19 janvier 2026
  4. G4 (Severe) Geomagnetic Storm Watch for 20 January UTC-day, NOAA Space Weather Prediction Center, 19 janvier 2026
  5. G4 (Severe) Geomagnetic Storm Levels Reached, NOAA Space Weather Prediction Center, 19 janvier 2026
  6. InFO 20007: ICAO Space Weather Centers and ICAO Space Weather Advisories, FAA, 23 octobre 2020
  7. AC 120-61B, In-Flight Radiation Exposure, FAA, 21 novembre 2014
  8. 14 CFR Part 121, Appendix P, eCFR
  9. Consolidated Space Weather Information Service Management Report for 2024, ICAO Asia/Pacific MET SG/29, 2025
  10. International GLE Database, University of Oulu
  11. NOAA Space Weather Prediction Center Radiation Advisories for the International Civil Aviation Organization (Bain et al.), Space Weather, 2023
  12. Ground level enhancement GLE #77 on 11 November 2025: a data summary (Mishev et al.), Advances in Space Research, 2026
  13. Assessment of impacts to aviation radiation by extreme space weather events and new atmospheric radiation scales (Lei, Dyer and Ryden), Journal of Space Weather and Space Climate, 11 août 2026
  14. Ground-Level Enhancement of 8 June 2024 (GLE 75) Caused by Solar Energetic Particles (Poluianov et al.), Solar Physics, 18 août 2025
  15. The high-energy protons of the ground level enhancement (GLE74) event on 11 May 2024 (Papaioannou et al.), arXiv, 14 mai 2025
  16. The first ground-level enhancement of solar cycle 25 on 28 October 2021 (Papaioannou et al.), Astronomy & Astrophysics, 2022
  17. Space weather disrupts aviation (Xue), npj Space Exploration, 23 septembre 2025
  18. PECASUS, Pan-European Consortium for Aviation Space Weather User Services
  19. Sun releases the largest solar radiation storm 'in over 20 years,' forecasters say, CNN, 19 janvier 2026

Ceci est une information, pas un avis médical. Pour toute question sur votre santé ou une grossesse, parlez-en à votre médecin ou à votre médecin examinateur aéronautique.

La dose de n’importe quel vol. Cherchez un vol par son numéro ou par ses deux aéroports : LogAloft affiche sa dose sur une carte, comparée à une radio du thorax.

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