Grossesse et vols : ce que veulent dire les chiffres de rayonnement
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Dans cet article
La plupart des questions sur la grossesse et l’avion se ramènent à deux chiffres. Le premier, c’est la quantité de rayonnement cosmique qu’ajoute un vol ; le second, ce qui est jugé acceptable pour un enfant à naître. Pour une passagère qui fait quelques voyages, le premier est minuscule à côté du second. Pour une navigante qui vole un planning complet, les deux se rapprochent assez au fil d’une grossesse pour qu’il vaille la peine de connaître l’un et l’autre. Voici ce que disent les textes, ce qu’ont trouvé les études sur les PNC, et comment suivre votre propre dose.
Ce qu’ajoute un vol
En croisière, le rayonnement cosmique dépend du temps passé en vol, de l’altitude, de la latitude et de l’état du Soleil, les quatre facteurs que la FAA énumère dans l’AC 120-61B. Dans les conditions solaires de juillet 2026, le modèle de LogAloft donne ces doses pour quelques vols courants (la liste complète est dans Quelle dose de rayonnement reçoit-on en vol ?) :
| Vol | Temps de vol | Dose | Part d’une radio du thorax |
|---|---|---|---|
| Atlanta–Orlando | 1,2 h | 0,002 mSv | 2 % |
| Los Angeles–New York | 5,0 h | 0,019 mSv | 19 % |
| New York–Londres | 6,8 h | 0,030 mSv | 30 % |
| New York–Tokyo | 13,5 h | 0,065 mSv | 65 % |
Dans la dernière colonne, une radio du thorax désigne un examen standard de face et de profil à 0,1 mSv, la valeur du catalogue de Mettler et ses collègues. Un aller-retour au-dessus de l’Atlantique Nord donne environ 0,06 mSv.
Les limites une fois la grossesse déclarée
Trois organismes fixent les repères, et ils concordent de près.
La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) établit le cadre que suivent la plupart des pays. Ses recommandations de 2007, la Publication 103, demandent qu’une fois l’employeur informé de la grossesse, les conditions de travail de la travailleuse enceinte garantissent que la dose supplémentaire reçue par l’embryon ou le fœtus « would not exceed about 1 mSv during the remainder of the pregnancy » (ne dépasse pas environ 1 mSv pendant le reste de la grossesse). C’est le même chiffre que la limite annuelle de la CIPR pour le public.
L’Union européenne en fait une obligation légale. La directive 2013/59/Euratom du Conseil, à son article 10, paragraphe 1, exige que, dès qu’une travailleuse enceinte en informe l’employeur, ses conditions de travail maintiennent la dose équivalente reçue par l’enfant à naître « as low as reasonably achievable and unlikely to exceed 1 mSv during at least the remainder of the pregnancy » (au niveau le plus faible raisonnablement possible, et de façon qu’elle ne risque pas de dépasser 1 mSv au moins pendant le reste de la grossesse). L’article 35, paragraphe 3, point d), applique cette règle aux navigantes enceintes des compagnies dont les équipages risquent de recevoir plus de 1 mSv par an.
La FAA donne des recommandations, sans limite contraignante. L’AC 120-61B, au paragraphe 7c, indique qu’en plus des limites professionnelles habituelles, « the FAA recommends she limit ionizing radiation exposure of her conceptus to no more than 0.5 mSv per month » (la FAA recommande qu’elle limite l’exposition de l’embryon ou du fœtus aux rayonnements ionisants à 0,5 mSv par mois au plus). Aucune réglementation américaine n’oblige une compagnie à suivre ou à plafonner la dose d’un navigant, enceinte ou non.
| Source | Limite pour l’enfant à naître | Statut |
|---|---|---|
| CIPR 103 | Environ 1 mSv pour le reste de la grossesse, une fois déclarée | Recommandation |
| Directive 2013/59/Euratom, art. 10 | Ne risque pas de dépasser 1 mSv au moins pour le reste de la grossesse | Loi dans les États membres de l’UE |
| FAA AC 120-61B, par. 7c | Pas plus de 0,5 mSv sur un mois | Recommandation américaine |
La circulaire de la FAA fait aussi une remarque à garder en tête pour tous ces chiffres. Ses limites recommandées, dit-elle au paragraphe 7b, « are not thresholds beyond which the dose is intolerable but instead are upper limits of acceptability » (ne sont pas des seuils au-delà desquels la dose devient intolérable, mais des limites supérieures d’acceptabilité). En franchir une est une raison de modifier le planning. Ce n’est pas le signe qu’un dommage a eu lieu.
À quoi ressemble un mois de navigant
La dose d’un navigant s’accumule heure après heure. Sur l’Atlantique Nord ou le Pacifique, avec l’activité solaire actuelle, le débit habituel en croisière est d’environ 4 µSv par heure. À 75 heures bloc par mois, cela fait environ 0,3 mSv par mois : sous le chiffre mensuel de la FAA, mais assez pour atteindre 1 mSv en un peu plus de trois mois. Les mêmes heures en basse latitude, à environ 2 µSv par heure, donnent environ 0,15 mSv par mois.
Le chiffre mensuel est donc rarement celui qui limite. Sur l’ensemble d’une grossesse, c’est le total de 1 mSv qui compte, et une navigante qui continuerait les rotations long-courriers en haute latitude le dépasserait en cours de route. C’est pour cela que la règle européenne s’applique dès que la travailleuse informe l’employeur, et qu’en prévenant tôt votre compagnie, vous lui laissez plus de marge pour adapter votre activité.
Ce qu’ont trouvé les études sur les PNC
La plus grande étude vient du National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH). Grajewski et ses collègues (2015) ont interrogé des PNC et des enseignantes de trois villes américaines, et reconstitué les expositions de chaque PNC à partir des registres de la compagnie, soit environ 2 millions de vols. Une PNC aux expositions médianes du premier trimestre avait volé 130 heures en 53 tronçons et reçu environ 0,36 mSv.
Leurs résultats, en bref :
- Par rapport aux enseignantes, les PNC n’avaient pas de risque plus élevé de fausse couche.
- Voler pendant les heures de sommeil de la base (15 heures ou plus entre 22:00 et 08:00, heure de la base, au premier trimestre) allait de pair avec un risque plus élevé de fausse couche au premier trimestre, avec un odds ratio de 1,5.
- Une forte charge physique, par exemple plus de 8 heures par jour debout et à marcher, allait aussi de pair avec un risque plus élevé (odds ratio de 2,5).
- Un rayonnement cosmique de 0,1 mGy ou plus « may be associated » (pourrait être associé) aux fausses couches des semaines 9 à 13, avec un odds ratio de 1,7 et un intervalle de confiance de 0,95 à 3,2. Cet intervalle inclut l’absence totale d’effet, et les auteurs notent que les mesures du rayonnement et de la perturbation du sommeil étaient difficiles à séparer, parce que les mêmes vols comportaient les deux.
Une enquête italienne antérieure de Lauria et ses collègues (2006) avait trouvé des taux de fausse couche comparables pour les grossesses en activité et hors activité, 12,6 % et 11,4 %.
Prises telles quelles, ces études mettent en cause le métier dans son ensemble, vols de nuit et travail physique compris, plus que le seul rayonnement. Elles sont aussi une bonne raison de prendre les limites ci-dessus comme des repères de planification raisonnables.
Les tempêtes solaires
Les doses ci-dessus concernent le rayonnement cosmique galactique ordinaire. Un fort événement à particules solaires peut s’y ajouter, surtout sur les routes polaires et de haute latitude. Dans l’étude du NIOSH, environ 2 % des grossesses avaient probablement été exposées à l’un d’eux, et sur l’un des vols étudiés la dose due à un seul événement atteignait environ 0,45 mGy, selon l’annonce du NIOSH. Ces événements sont rares, et l’AC 120-61B note qu’en haute latitude, descendre à une altitude plus basse pendant une alerte de rayonnement solaire peut réduire nettement la dose. Les tempêtes solaires et votre vol explique ces alertes et ce qu’elles signifient à bord.
Pour les passagères
L’American College of Obstetricians and Gynecologists indique dans son avis de comité n° 746 qu’en l’absence de complication obstétricale ou médicale, les voyages en avion occasionnels sont sans danger pendant la grossesse, et que pour la plupart des voyageurs, les risques du rayonnement cosmique pour le fœtus sont négligeables. Il ajoute que les équipages et les voyageurs très fréquents peuvent dépasser les limites.
En chiffres, une passagère enceinte qui fait trois allers-retours entre New York et Londres reçoit environ 0,18 mSv, moins d’un cinquième du repère de 1 mSv pour toute la grossesse. Le même avis conseille de garder la ceinture attachée dès qu’on est assise, car les turbulences ne se prévoient pas. Si vous prenez très souvent l’avion pendant votre grossesse, parlez-en à votre obstétricien ou à votre sage-femme, qui pourra mettre ces voyages en regard de tout le reste de votre grossesse.
Ce que peuvent faire les navigantes
- Prévenez tôt votre compagnie si vous voulez les protections qui accompagnent une grossesse déclarée. Dans l’UE, l’obligation de l’employeur commence quand vous l’informez.
- Demandez ce que prévoit votre compagnie. Les règles sur la réaffectation, les vols moins exposés et les congés varient selon la compagnie et l’accord collectif.
- Regardez les rotations avant de faire vos vœux. Deux rotations du même mois peuvent avoir des doses très différentes. La latitude et le temps de croisière sont les leviers.
- Parlez-en à votre médecin ou au service médical de votre compagnie. Ils peuvent mettre les chiffres de rayonnement à côté des autres aspects du métier, comme le travail de nuit et le port de charges, que l’étude du NIOSH a relevés.
Suivre votre propre dose dans LogAloft
LogAloft calcule la dose de chaque vol de votre carnet. Dans Réglages, sous Grossesse et vos propres seuils, activez Suivre ma dose pendant une grossesse et indiquez le jour où vous avez prévenu votre compagnie, ou le début de la grossesse. L’application compare alors votre dose depuis ce jour à 1 mSv pour le reste de la grossesse et à 0,5 mSv sur un mois, ou aux limites que vous saisissez, et affiche le total du mois à côté du total de la grossesse. Rapports → Rayonnement, avec la période réglée à partir de cette date, donne le relevé complet mois par mois, à imprimer pour votre médecin ou votre compagnie.
La date reste sur votre appareil et n’est pas enregistrée dans votre compte. LogAloft compare votre dose efficace à ces limites ; la dose reçue par l’enfant à naître n’est pas calculée à part. Les chiffres servent à planifier et ne sont pas un avis médical. Les détails sont dans Comment LogAloft calcule votre dose.
Pour la façon dont la dose de chaque vol est calculée, voyez Comment LogAloft calcule votre dose de rayonnement.
Sources
- AC 120-61B, In-Flight Radiation Exposure, FAA, 21 novembre 2014
- Dose limits (ICRP Publication 103, paragraph 186), ICRPaedia, ICRP
- Council Directive 2013/59/Euratom, Articles 10 and 35, EUR-Lex, 5 décembre 2013
- Miscarriage among flight attendants (Grajewski et al.), Epidemiology, 2015
- Are Flight Attendants at Higher Risk for Miscarriage? NIOSH Update, 8 janvier 2015
- Reproductive disorders and pregnancy outcomes among female flight attendants (Lauria et al.), Aviation, Space, and Environmental Medicine, 2006
- Air Travel During Pregnancy, ACOG Committee Opinion No. 746, 2018
- Effective doses in radiology and diagnostic nuclear medicine: a catalog (Mettler et al.), Radiology, 2008
Ceci est une information, pas un avis médical. Pour toute question sur votre santé ou une grossesse, parlez-en à votre médecin ou à votre médecin examinateur aéronautique.
La dose de n’importe quel vol. Cherchez un vol par son numéro ou par ses deux aéroports : LogAloft affiche sa dose sur une carte, comparée à une radio du thorax.
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